Savoir que ce ne sont que quelques jours de plus, que ce ne sera pas plus... Quelques jours décalés, quelques jours sans signification. Savoir qu'il va falloir s'en détourner sans autre revendication, qu'il va falloir accepter que tu ne te retournes pas, que tu avances tout droit en laissant derrière toi une petite fille qui suffoque dans ses larmes. Des larmes salés de tristesse, des larmes sucrées de regrets, des larmes amères de ranc½ur. Quelques jours de folie passés dans des lieux incongrus, des lieux choisis sur une respiration, un saut dans le vide. Tout est question d'altitude, on se hisse sur une montagne, on tombe d'un pont puis, sur les barreaux d'une grue on tente de me voler à mon vertige... On trace des lignes de poudre rouge sur le bitume, des initiales qui se tordent d'amour. Tandis que je souffle de la cendre, je pense déjà que ces instants ne seront plus et à ce que je serais lorsqu'ils ne seront plus. Lorsque je le vois couler volontairement son corps dans l'eau noir d'une piscine, je sais qu'il me faut partir. Dire adieu à ce corps, berceau de mes désirs, de mon désir plus simplement. L'¼il borgne du ciel est moins sévère se soir, il n'ose plus nous percer comme il le faisait lundi. Il se voile de nuages, sombres taches d'encres, qui nous accordent une protection, un abris, l'obscurité. Peut-être le ciel a-t-il comprit lui aussi qu'il y a des amours infidèles qu'on ne peut condamner ?
Un matin orageux pour un vieux coup de foudre. Des vêtements cachés sur un tas de bois. Une toux un peu trop masculine.