Le vin ivre.

Le vin ivre.
Ma cervelle se noie dans un liquide rose un peu âpre, comme un poisson rouge dans un bocal sous vide. Je ferme les yeux pour ne plus les soumettre à la vue de ce paysage qui défile. Mes mains manquent de tomber du volant, je n'ai plus vraiment envie qu'elles tiennent. Une mélodie élancée conduit à ma place et tente de ne pas dépasser de l'intervalle des lignes de rive comme un enfant qui cherche à ne pas déborder des contours noirs de son coloriage. La même application, vitale ce soir, pour moi.
Il y a deux grand yeux verts et translucides qui s'encrent sur l'épiderme de mon visage. Et par-dessus ces yeux une caresse de paillettes sombres. Que puis-je répondre à leur interrogation ? J'ai perdu mon amour, j'ai eu envie de me perdre avec lui, de me laisser tomber dans l'aspiration de sa chute..

Le faible son d'une sonnerie vibre dans le vide, dans le silence des sommeils ou de l'absence. Personne ne répond. Je n'entend pas la voix qui se veut un peu grave échapper de l'interphone.
Il semble qu'il soit parti.

# Posté le dimanche 05 août 2007 05:44

Modifié le dimanche 05 août 2007 19:46

Les regrets

Faire les cent cinquante pas sur un quai vide du garçon que l'on cherche des yeux. Ce garçon qui n'est pas le bon , pas celui que l'on serait sensé attendre. Déambuler nerveusement le long de ce train, se tordre le cou pour apercevoir ses 188cm, monter dans les wagons de première classe. Le train part dans deux minutes, il ne vient pas. Attendre quelqu'un pour l'empêcher de s'installer et de partir. Je fais tout à l'envers. Je voulais lui dire ce que je n'aurais plus l'occasion de lui dire, lui dire ces mots que j'ai eu le temps de retourner mille fois dans ma tête, ces mots qui rebondissent contre les parois de mon crâne, ces mots même qui font bondir mes regrets. Je me détourne de la gare, je ne le reverrais plus. Alors en dernier recours je me met en numéro privé pour tenté de l'entendre mais je sais qu'il ne décrochera pas. Je parle donc à la femme de son répondeur et je confie à cette inconnue tout ce qui était sous silence, je la charge de lui transmettre mes regrets au sujet de mon comportement scandaleux d'hier soir, et mes autres regrets qui ne s'affadissent pas, mes regrets de lui.
Je voulais simplement revoir ce sourire... mais par pudeur nous n'aurions pas souri.
Les regrets

# Posté le samedi 04 août 2007 15:14

Modifié le vendredi 24 août 2007 05:12

L'impasse.

L'impasse.
Trouver une porte qui veuille bien s'ouvrir pour qu'il s'échappe... les meubles eux-mêmes comme dans un conte de Disney semblent vouloir faire obstacle à notre séparation : une clé qui manque, une autre qui se coince... Le voila parti, déjà loin, quelques centaines de mètres qui en quelques heures seront des milliers de kilomètres. Le voila parti comme un voleur, mes élastiques à cheveux autour du poignet, mes sentiments accrochés sur chaque parcelle de son corps. Me voila vide, seule.
Je m'endormais hier soir le nez dans son coup, le buste dans ses bras, les jambes emmêlées parmi les siennes. Je m'endormirai se soir en prenant garde de ne pas toucher celui qui sera à mes côtés. Je ne veux pas confondre ces instants avec d'autres, je ne veux pas oublier sous d'autres caresses et je ne veux encore moins me forcer à oublier. Je veux enfermer la magie de ces instants dans des boites de conserve, mettre mon bonheur au congélateur, mon plaisir au réfrigérateur pour qu'il m'en reste pendant les long mois d'hivers. Nous sommes presque au bout de l'impasse. Suspendu au dessus d'un essaim de lumières urbaines nous nous sommes tus parce qu'il fallait parler, nous avons pleurer parce qu'il aurait fallu l'éviter. Hier soir mes cils ont laissés des traces noirs sur ta veste, sur ma main, et sur une serviette en papier de Mac Do.
Il y a un an nous nous jetions sur les autoroutes du sud ouest ensemble, il y a deux ans nous étions en Espagne chacun de notre côté mais amoureux comme des enfants.
Je comprend de plus en plus que l'amour n'est pas suffisant et ça me déchire.


"Une impasse est le lieu de mes plus belles inspirations" Milan Kundera, Risibles amours.
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# Posté le vendredi 03 août 2007 06:14

Modifié le jeudi 25 octobre 2007 11:56

Vertige

Vertige
Savoir que ce ne sont que quelques jours de plus, que ce ne sera pas plus... Quelques jours décalés, quelques jours sans signification. Savoir qu'il va falloir s'en détourner sans autre revendication, qu'il va falloir accepter que tu ne te retournes pas, que tu avances tout droit en laissant derrière toi une petite fille qui suffoque dans ses larmes. Des larmes salés de tristesse, des larmes sucrées de regrets, des larmes amères de ranc½ur. Quelques jours de folie passés dans des lieux incongrus, des lieux choisis sur une respiration, un saut dans le vide. Tout est question d'altitude, on se hisse sur une montagne, on tombe d'un pont puis, sur les barreaux d'une grue on tente de me voler à mon vertige... On trace des lignes de poudre rouge sur le bitume, des initiales qui se tordent d'amour. Tandis que je souffle de la cendre, je pense déjà que ces instants ne seront plus et à ce que je serais lorsqu'ils ne seront plus. Lorsque je le vois couler volontairement son corps dans l'eau noir d'une piscine, je sais qu'il me faut partir. Dire adieu à ce corps, berceau de mes désirs, de mon désir plus simplement. L'¼il borgne du ciel est moins sévère se soir, il n'ose plus nous percer comme il le faisait lundi. Il se voile de nuages, sombres taches d'encres, qui nous accordent une protection, un abris, l'obscurité. Peut-être le ciel a-t-il comprit lui aussi qu'il y a des amours infidèles qu'on ne peut condamner ?
Un matin orageux pour un vieux coup de foudre. Des vêtements cachés sur un tas de bois. Une toux un peu trop masculine.

# Posté le jeudi 02 août 2007 06:58

Modifié le jeudi 02 août 2007 07:11