La biche

La biche
Mon estomac comme une crème pâtissière décomposée. Un mélange vert nauséeux. Je suis recroquevillée sur une chauffeuse orange au pied du lit de Ju(liette). Mon crâne envoi des ondes de migraine. J'ai extrêmement soif. Alors me revient hier soir, la vodka, la biche aveuglée par mes phares de voiture qui traverse doucement, gracieusement dans la seule lumière de la nuit. Une apparition. Instant d'apaisement, d'émerveillement muet au beau milieu d'une soirée sans logique. On marchait sur les plates bandes du délire. Expulsés d'une soirée déguisée. Je refaisais la vie et le monde avec véhémence dans mon costume de baba cool. Le monde comme un décors de carton. J'incitais toutes et tous à y donner de grands coups de pieds. J'étais ridicule. Discours révoltés sans argumentaire sensé. Une étrange créature mi folle mi attardée. Mais j'en ris. Pleine d'alcool je prend le volant (réservé pourtant à Sam) murmurant en boucle dans mon cerveau confus : «  Ju sérieux, fais gaffe à Ju, au moins pour elle garde les yeux ouverts, les pédales au pieds, et la voiture entre les lignes blanches ». C'est ainsi qu'on est monté à l'Alpe. Une heure et quart de route pour aller boire un coup au last bar et déclarer ma flamme au serveur (qui s'est bien ri de moi ). Je m'en fou je suis anesthésiée mon corps ne sent pas les claques. J'aurais juste de vilaines équimoses à l'âme demain. Mais tant pis c'est trop tard. J'ai un peu ce don de foncer sans penser, et de pleurer après. Empiriste, il parait mais ça je l'ai déjà dit. On repart sur la route. Poussière de glace sur la chaussée. Les vingt et un virages me bercent, je m'endors, on pense à se poser près d'une chapelle de pierres mais la biche dorée soudain nous fait face. Murmure d'admiration, de joie enfantine. Plus envie de faire un geste. Juste regarder.
Regarder... Et puis ce choc. Très violent qui nous projette en avant. La voiture de derrière s'est arrêtée sur nous. Le gars est ivre de façon scandaleuse. Je lui hurle des leçons de morales tout en sachant que notre taux d'alcool est sans doute similaire. Je suis comme face à moi-même. Je crie à cet abruti toute la colère que j'éprouve envers mon propre comportement. Il est une sorte de reflet dont je m'insurge. Ma voiture n'a presque rien, lui a brisé ses phares. Je cherche un constat que je se serais incapable de remplir et que je ne trouve pas. Il tente de me donner son numéro mais ne se rappelle que de 8 chiffres. Je l'insulte dans tous les registres qui me viennent à l'esprit. Il a deux amis. Un qui tente de s'interposer car le chauffeur ivre s'agace de mes emportement, un autre qui s'énerve et me pousse. Nous partons. Le retour est difficile. On monte discrètement les escaliers en colimaçon de chez Ju. Le sommeil recouvre instantanément les périples du soir. Le réveil sera dur, c'est dans ce genre de moment que cette phrase me parle le plus : «  Tous les matins du monde sont sans retour ».

# Posté le mardi 01 janvier 2008 11:38

28 Décembre

28 Décembre
Un coup entre les côtes. Visage qui s'effondre. J'ai encore joué. J'ai perdu une nouvelle fois. Mes joues sont grises, mon regard rond sans fond. Je veux rentrer en Angleterre, soigner au plus vite cette plaie égocentrique. Si je ne suis plus rien dans le regard d'un autre, puis-je être quelqu'un quand même ? Je rends au monde tous ces jeux sentimentaux nauséabonds. Il n'est plus amoureux. Je ne l'ai jamais été. Et pourtant une douleur vive, froide. Le hall de ma vie se vide. J'ai perdu mon éclat. Je ne sais plus qui être, je ne sais pas qui je suis. Je ne démêle plus l'honnêteté du drame inventé. L'actrice respire, transpire, crie et souffre à ma place. Elle me contrôle, je ne la maîtrise plus. Elle m'imbibe de ses émois qui ne me touchent pas et dissimule mes pleurs comme mes rires.

# Posté le vendredi 28 décembre 2007 13:48

Je revendique le temps des oranges.

Je revendique le temps des oranges.


Je crois que je m'écarte chaque année un peu plus des traditions. La magie prend ses distances... je ne vois plus qu'une infinie répétition d'hivers décorés. Un mois gelé, saucissonné de guirlandes scintillantes, déchiré par les passants angoissés, les maîtresses de maison nerveuses. Je ne perçois plus en Noël que la célébration de la famille, du concept de famille. Unique vertu. Le père Noël a filé loin des traîneaux de mon imaginaire. Il n'est plus qu'intérimaire en peignoir rouge, crainte suprême des enfants. Les contes sont couverts de poussière, la société de consommation a aspiré la moelle épinière du merveilleux. En moi les tons s'affadissent, le décors s'écroule, même la neige renonce à tomber. Noël est une vitre contre laquelle on me cogne chaque année. Parce que la joie première s'est transformée en vaste angoisse, les sourires épurés des enfants en désir de Play Station, Noël n'a plus de sens et on ne le voit même
pas.


Pradal et moi by Pradal


# Posté le mardi 25 décembre 2007 05:11

Modifié le mardi 25 décembre 2007 17:24

Manifeste du corps vide.

Manifeste du corps vide.
Zaza est morte ce soir... sous mes yeux, dans ces lignes, à l'avant dernière page des Mémoires d'une jeune fille rangée. Un sanglot .
Envie sans changer de plume, de changer d'encre pour l'écriture du féminin.

Une barre de fer dans le creux du dos, violence du heurt, éclats de souffrance. Saignements similaires. Ce ne serait pas bien pire. La mal pèse, lancinant. Oublier mon corps de la taille jusqu'au haut des cuisses. Comme un ensemble d'emboîtements. La douleur transperce, fuse de toute part, insaisissable.
Sa main lovée au delà des flots carmins, sur l'épiderme dorsal exaspéré. Courtes caresses qui closent mes mâchoires. J'ai mal. Je déglutis des comprimés blancs.
Gémissements, comme des ronronnements de douleur. Mes reins, deux plaques, deux mains qui encrent leur ongles saillants dans ma chaire. Envie de lui planter les miens dans la peau. Subtilité de la souffrance insondable par deux yeux candides.
Son souffle fort en dé-cadence, agacement nocturne, je gesticule sans fin, migraine sournoise.
Sirop de cassis dans l'eau des toilettes, filaments d'hémoglobine, morceaux de sang. Scènes mensuelles dans l'existence d'une femme. Scènes muettes tachées d'une honte pourpre. Images que l'on n'évoque avec personne. Malaise indicible.
Inquiétude lorsque le corps tarde à se manifester, exaspération des longs jours de manifestation.
Le rouge qui s'échappe, la preuve d'un ventre vide.

Une ampoule qui éclate, une écharde sous l'ongle...
Envie de hurler. Arrachez moi ce dos que je ne sais souffrir.

Fanny by Pradal.

# Posté le lundi 10 décembre 2007 00:51

Modifié le mardi 11 décembre 2007 20:19

Christmas Tree

Christmas Tree
Fanny by Pradal

La pluie qui griffe le vent par delà la fenêtre... je n'ai toujours pas le courage de mettre le nez dehors. Je lui ai dit de sortir que je l'attendais là, chez lui. J'avais un livre. Je n'ai pas lu... mais je n'ai pas pensé à ouvrir les tiroirs, ni à scruter sous le lit. Je n'ai pas ouvert tous ses fichiers informatiques, ni épousseté du regard ses étagères. Je ne n'ai pas songer un seul instant à exécuter la danse compulsive de la curiosité angoissée. Je n'ai pas imaginé qu'il pouvait me mentir. Je ne l'imagine toujours pas mais je me suis souvenue d'avant, d'ailleurs, et de mes fouilles minutieuses pour détecter les secrets dangereux.
Il est revenue, l'air coupable et pincé de celui qui vient de casser ma clé dans le cadenas de mon vélo... Je ne l'ai pas insulté, j'ai seulement souri, mais je me suis souvenue d'ailleurs, d'avant et du jet venimeux qui auraient percé mes paroles amères.
Un peu plus tard on pénètre dans la cuisine commune, il est 4h du mat environ. Je sent l'obscurité vide et froide. La plante de mes pieds nus se pimente de miettes éparses.. Sensation désagréable. Chacun la tête dans un congélateur à la recherche d'une pizza à dérober. J'en dégotte une aux ananas... (mmmm). J'égrène la pizza de ses morceaux de fruits jaunes et gelés. La phase de transformation du disque de pâte chimique n'est pas achevée. Il repousse les bouts de jambon de mon coté, j'ajoute de la mozza et quelques fines herbes. Chacun sa moitié...
La lumière chaude du four éclaire vaguement la pièce. Quelques aiguilles vertes, mon doigt sur l'interrupteur, je met ma tête contre lui. Étrange tableau de contes. La guirlande du sapin de noël scintille dans nos mémoires. L'enfance émane comme une aura. Plénitude d'un instant qui fait que la cuisine n'est plus tout à fait la même, l'Angleterre plus tout à fait une terre étrangère.


# Posté le vendredi 07 décembre 2007 11:34