Le meuble vibre, violence du son. Je me jette sur le téléphone de Thomas. J'appui dans le hasard du noir sur un bouton qui fait taire le réveil. Je garde contre moi le portable rouge. J'ai pas envie qu'il aille en cours. Pas envie de rêver hors du rythme de son souffle. Mon nez s'écrase contre la matelas, courbatures douloureuses de la nuit, je me retourne. Vague lueur d'un ordinateur mal éteint, d'une aube pluvieuse. Aucun regret concernant Londres. On est bien mieux à faire les loques dans un sommeil profond, à passer un peu du temps de sa vie ailleurs, en soi, dans les tumultes de son inconscient. Lui ne se souviens jamais. Moi tout le temps. Je lui raconte parfois. Les délires vaporeux de mes songes à la nuit ou au matin. Ces rêves qui occupent mes pensées dès que je les quitte, qui me suivent comme des ombres dans mes humeurs du jour. Qui me troublent plus qu'il ne le faudrait. Remises en questions des mois de Novembre et Décembre, mois indigestes depuis 4 ans. J'avais 17 ans, j'en ai eu 18, 19, 2O et maintenant 21... Je n'ai pas bougée, toujours la même statue, le même déséquilibre qui ne tremble pas... j'avance sans moi.
Quelque chose attend dans ces parois de chaire. Un désir qui m'imbibe, un poison à toutes les concessions, à la vie d'aujourd'hui. Quelque chose me crie que je me trompe. J'ordonne le silence, mais cette bouche ne cesse de hurler à vide. Je voudrai me mentir la conscience tranquille, mais je suis de ceux qui ne le peuvent pas. A midi, il a ouvert ses yeux d'innocent il a fuit à toute vitesse. J'ai avoué mon crime, il ne m'en a pas voulu l'ombre d'une seconde.



